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Déclaration

En ce 9 août, ventre mou d’un été où, il faut bien l’avouer, la modeste permanence d’IŒPLP ne croule pas sous le travail (« preuve, s’il en fallait, que la Paix est partout et que notre Œuvre produit les effets escomptés », en a déduit notre Présidente À Vie en visite dans nos murs entre deux séjours à Saint-Barth) (mais il faut dire qu’elle a parfois tendance à tirer des conclusions hâtives de pas mal de choses) (enfin pour ce que j’en dis), ventre mou de l’été, donc, toute l’équipe d’IŒPLP a tenu d’un commun accord à publier le présent message de protestation.

En effet, grâce à l’extrême professionnalisme d’un caméraman amateur britannique du nom d’Alfred H., nous avons pu prendre connaissance d’une conversation confidentielle et choquante qui s’est vraisemblablement tenue en marge de la Conférence Pour La Paix (CPLP) organisée comme on le sait en début de mois pendant l’unique orage de l’été, à l’évidence. Les protagonistes en sont Steve, le porte-parole en contrat d’insertion d’IŒPLP, et un obscur journaliste manifestement trop content de lui tirer les vers du nez (ah, ça nous apprendra à vouloir aussi œuvrer pour l’insertion professionnelle des jeunes, engagez-vous rengagez-vous qu’ils disaient, on ferait mieux de s’en tenir à un œuvrage à la fois).

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Keuwouââââ ?

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L’équipe d’IŒPLP tient donc par la présente à rassurer ses millions de milliers de dix lecteurs qui pourraient s’inquiéter de voir leur œuvre caritative préférée plier bagage et passer à la solde des Anglais, à la façon d’un vulgaire mercenaire aveuglé, peut-être, par la qualité (indéniable) des séries de la BBC et le moelleux (incomparable) des pains préemballés Hovis.

L’ingrat incompétent a été licencié immédiatement, mais nous craignons que le mal ne soit fait. Disons-le haut et fort : non, partir à Londres n’est pas dans nos intentions. Notre place est ici, au cœur des événements, et, bien que notre localisation exacte et collective soit momentanément un chouia plus imprécise que lorsque nous avons entrepris cette Œuvre, notre Œuvre, il n’est pas question de nous laisser dicter nos faits et gestes par un beau parleur en costume sombre et cravate rayée (non, mais pensez donc !). Et il est tout aussi impensable de laisser de telles déclarations remettre en question l’efficacité de notre action, louée unanimement par la presse spécialisée (Pax Magazine, Décider : La Paix et Harmonie Globale, pour ne citer que les plus prestigieux).

En outre, nous tenons à rappeler que, contrairement à ce qui semble ressortir de la conversation filmée par Alfred H., nous ne « bichonnons » personne. Notre Secrétaire Perpétuelle (Sally) et notre Trésorier De L’Ombre (Paquito) subissent des mauvais traitements et sévices divers depuis suffisamment longtemps et sont prêts à en témoigner, sous serment s’il le faut (pour toute demande d’interview ou proposition d’aide, adresser un courriel discret à mauvaistraitementspourlapaix@ioplp.org ou déposer deux visas et des billets d’avion pour la Corée du Nord cachés dans un panier de victuailles au siège d’IŒPLP).

À bon entendeur… !

L’équipe d’IŒPLP, toujours mobilisée, mais toujours sans deltaplane

Cliché

 [Un de nos lecteurs les plus assidus, Quinine, trouve qu’« il n’y a pas assez de trucs à lire ici » et nous demande de publier ce qui suit. Soit. « Faute de grives… », comme aiment à le répéter à tout bout de champ notre Présidente à Vie (elle veut aussi une majuscule à « vie »), Amandine, et notre Secrétaire perpétuelle, Lilas d’avril (c’est un pseudonyme, bien sûr, même qu'en fait elle s’appelle Sally Westinghouse-Escartefigue). Quinine ajoute que la photo, nous ne la verrons pas, « y faudra deviner, na, vu que celle qui figure sur la pochette du CD ne donnera rien si on l’affiche dans votre petit journal et que les reproductions du cliché original se vendent très, très cher... »]

Pardon de vous embêter avec mes histoires de jazz, mais ce n’est tout de même pas ma faute 1) si l’INA a édité un CD, Jazz sur la Croisette, pour célébrer le cinquantième anniversaire de la naissance et de la mort du Festival de jazz de Cannes, festival sans lendemain mais prélude à celui d’Antibes-Juan-les-Pins, et 2) si quelqu’un a cru malin d’illustrer ce CD d’une photographie qui a éveillé tant de nostalgie que pour un peu, tenez, je m’inventerais des souvenirs, j’entrerais dans la photo : mais oui, pourquoi n’y aurait-il pas, assis à la terrasse floue de l’arrière-arrière-plan, un petit Quinine de quatre ans buvant sagement une limonade en compagnie de sa mère ?
Et que voit-on, sur cette photo, hmm ? Eh bien, on voit un bout de Croisette au long duquel des commerces s’échelonnent sur une ligne de fuite courant vers la terrasse floue : une boutique de modiste, peut-être (l’enseigne – Variétés ? Frivolités ? Nouveautés ? – ne se laisse pas vraiment déchiffrer), un magasin de photo, qui fait aussi dans le cadeau souvenir, et une boulangerie-pâtisserie, à en juger par le long tablier clair d’une vendeuse qui prend le frais sur le seuil. Et on y voit surtout trois personnages. Ils marchaient de front lorsque, dans leur dos, le photographe les a hélés ; ils se sont retournés de concert en se décalant vers la droite, et c’est assez chouette, ce décalage, parce que, combiné à un curieux effet de roulis ― tout le cliché penche sur la gauche ―, il accentue le côté « photo à la sauvette ».
Voici d’abord, côté jardin, Ella Fitzgerald.
Quand elle ne chante pas, Ella a bien du mal, aussi comblée d’honneurs et de fleurs soit-elle, à se départir d’un air de chien battu mais digne : ses yeux très sombres, un peu mouillés, semblent toujours mesurer le chemin parcouru depuis les radios-crochets de New York. Et il faut bien dire aussi qu’elle s’habille parfois comme une bourgeoise endimanchée, mais on s’en fout. C’est juste pour dire que, sur la photo, elle ne déroge pas à la règle : ensemble pied-de-poule trop ajusté qui la vieillit, paupières et commissures un peu piteuses… Quoique… Non, pas vraiment piteuses, à y regarder de plus près… Le chien battu n’est pas loin, mais il y a un soupçon de fierté dans le très léger sourire d’Ella, la fierté du môme qui exhibe ses cadeaux de Noël : et en effet, elle brandit devant l’objectif une espèce d’autographe de Jean Cocteau illustré par un autoportrait du même. [Comment ? Ce polydoué de Cocteau, qui sait faire jaillir sur le papier de belles têtes de faunes domestiqués, sourire doux, nez grec et front buté, ou des Orphée aux tempes ailées, songeurs et volontaires, Cocteau aurait donc rencontré Ella et n’aurait rien trouvé de mieux que de se dessiner lui-même ?]
Encore un détail : les lunettes d’Ella, des lunettes en amande, ornementées, fignolées, tellement typiques de ces années-là, tellement inoffensives en apparence et pourtant de sinistre augure, quand on y repense : c’est le diabète qui est responsable de la mauvaise vue d’Ella, une saloperie de diabète qui la rendra pratiquement aveugle et qui lui prendra les deux jambes avant de l’achever. Mais cela, Ella ne peut pas le deviner, pas plus qu’elle ne peut deviner, dans un registre plus souriant, que, dans une demi-douzaine d’années à peine et à une vingtaine de kilomètres de là, les cigales craquèteront si fort un soir de concert qu’elles couvriront piano, contrebasse et batterie et qu’Ella improvisera avec elles une chanson baptisée ultérieurement, en toute logique, The Cricket Song.
Voici, côté cour, Eddie Barclay.
Très brun là où il ne commence pas à se dégarnir, il a une moustache à la Erroll Flynn, des sourcils déjà broussailleux, une cigarette – qui cédera bientôt la place aux havanes – fichée presque horizontalement au centre de la bouche. Une fois n’est pas coutume, il a un visage sympathique, naturel, presque bon enfant, encore épargné par cette moue tantôt hautaine, tantôt blasée, ces expressions tantôt rigolardes, tantôt égrillardes du viveur doublé d’un requin d’affaires : en cet instant précis, il est visiblement fier d’être en compagnie d’Ella. C’est normal : il a commencé sa carrière dans le jazz. Pianiste, compositeur, chef d’orchestre… En voilà un autre, de polydoué. Lui ne s’est pas trop frotté aux Allemands pendant l’Occupation, même si l’unique acte de résistance de ce fils à papa, de ce dadais dandy et brillantiné a été de créer une sorte de club clandestin où l’on dansait au son d’une musique décadente de « métèques négroïdes ». Si, si : « métèques négroïdes », c’est la propagande qui le dit.
Et puis, entre cour et jardin, il y a une jeune dame.
La jeune dame a caché presque toute sa chevelure sous un foulard qui lui couvre aussi la gorge et qui ne laisse dépasser qu’une frange de cheveux. Châtain clair ? Blond vénitien ? Allez savoir, quand la photo est en noir et blanc. Notons qu’il y a cinquante ans les foulards noués de cette façon n’évoquaient guère autre chose que des oisives chics et sportives au volant de roadsters anglais vert bouteille. Notons aussi qu’elle semble ne pas faire exprès d’être jolie, la jeune dame, et pourtant : elle a des traits doux et réguliers, des yeux clairs, une bouche bien dessinée, de belles épaules.
Et c’est une inconnue, mais je m’avance peut-être. Si ça se trouve, les 88 573 autres acheteurs de Jazz sur la Croisette auront reconnu immédiatement une Martine Fleury ou une Brunette Estéban ou une Simone Lamour ou une Violette Chantilly, potiches interchangeables au panthéon des idoles éphémères de l’époque. Si ça se trouve, Madame Germaine Triboulet, de Vesoul (Haute-Saône), aura jeté un coup d’œil distrait sur la jaquette du CD que son mari s’apprêtait à écouter et se sera exclamée : « Ben ça alors ! Arthur, t’as vu c’est qui sur la photo ? C’est la petite Odette Lemercier ! Mais siiiiii, Odette Lemercier, la fille de la concierge d’où qu’on habitait au début de notre mariage, mais siiiii, voyons, celle qui disait toujours qu’elle allait monter à Paris pour faire vedette de la chanson ! Ça te dit, une blanquette pour dimanche ? »
Personnellement, je vais vous dire : la petite Odette Lemercier ressemble tellement, mais alors, tellement à ma mère qu’un instant j’ai cru que c’était elle, qu’elle m’avait fait des cachotteries pendant toute sa courte vie et qu’il y avait vraiment, assis à la terrasse floue de l’arrière-arrière-plan, un petit Quinine de quatre ans en train de pleurer dans sa limonade et de réclamer sa mômaaan pendant qu’une mère dénaturée jouait aux starlettes entre Madame Ella et Monsieur Eddie.
Ce qui ne m’aurait pas déplu, en fin de compte.

Internostalgie

C’est bientôt les festivals de jazz et, à France Inter, Julien va sans doute être sur la brèche. Je dis « sans doute » parce que je n’écoute plus beaucoup France Inter (ni rien d’autre, d’ailleurs), à part Sophia Aram, et elle s’en va, et François Morel, qui fait une – déjà trop longue – pause estivale. Julien, c’est Julien Delli Fiori, le préposé au jazz de la station, et il y a longtemps de cela, je l’écoutais avec Clémentine Célarié (non, je n’écoutais pas en compagnie de Clémentine, j’aurais bien voulu mais, non : Clémentine, elle était dans le poste et elle causait jazz avec Julien). C’était bien.

D’ailleurs, France Inter, en ce temps-là, c’était même très, très bien. D’abord, il n’y avait pour ainsi dire pas de publicité. Et puis surtout, le matin de 6 h à 8 h (ou plus ?), il y avait Philippe Caloni, quel professionnel, celui-là, qui n’hésitait pas à passer du Bartók dès potron-minet, ou du jazz, ou de l’accordéon, et qui laissait parler ses invités, oui, parfaitement, et il y avait, bien avant Marie-Pierre Planchon et Patricia Martin, une présentatrice de la météo marine, je ne suis jamais parvenu à retrouver son nom (si quelqu’un qui sait me lit…), j’avais vu sa photo un jour – c’était une jeune femme belle et douce devant qui les ouragans faisaient sans doute patte de velours – et j’étais tombé amoureux d’un coup, d’un seul, et il y avait Pierre Bouteiller de 18 h à 19 h (ça collait pour mes horaires de ces années-là, sur la route), et le soir, il y avait le Pop Club de la bonne cuvée (parce qu’après c’était devenu un peu moins bien, côté invités, et que José Artur faisait du lui-même un peu réchauffé) : aaaaah, le Pop Club, ses jingles entêtants que vous susurraient des voix made in Fip et qui vous campaient en cinq secondes un décor de fête chicos en diable ; d’ailleurs, ils avaient toujours des jingles terribles à France Inter (j’ai même trouvé un site de fanas de la station où on pouvait les réécouter, mais j’ai perdu l’adresse).

C’était vraiment très bien, France Inter. Je vous cause de ça, ça remonte à trente ans et plus (sauf Julien et Clémentine : eux, je les écoutais il y a une vingtaine d’années), j’avais un gros transistor que ma mère m’avait en quelque sorte légué, avec une petite ampoule qui éclairait de l’intérieur le cadran des longueurs d’onde, c’était comme une maison dont l’unique fenêtre aurait brillé dans la nuit, le transistor me servait de refuge (faut dire que je n’étais pas très heureux du tout, du tout, à l’époque, mais pas au point d’aller m’épancher chez Macha, ah ça non, mille fois non).

Je ne voulais pas vraiment raconter tout ça au départ, c’est juste que je passais par là, j’ai vu de la lumière à l’étage, je me suis dit que, comme d’habitude, la présidente – car nous avons une présidente, ici à IŒPLP, une présidente à vie, encore bien – avait oublié d’éteindre, et j’ai profité qu’il n’y avait personne pour griffonner vite fait un petit billet… Pas aigre-doux, non, ça, c’est pour les cornichons ; non, plutôt doux-amer. Faut dire aussi que, si on avait un vrai été, on ne perdrait pas son temps à céder à la nostalgie.

B&ORadio2

De l’amour, de l’humanité, des beaux après-midis d’été et des homards

Or donc, Artus de Penguern n’est plus. Ce blog sort de sa léthargie encore quasi-hivernale pour dire deux mots quelque peu émus et grandiloquents sur ce cher homme qui, discrètement, avec talent, œuvrait pour la paix dans ses films, ses courts-métrages et ses chroniques radiophoniques. Celle qui écrit ses lignes se souvient avec émotion de ce jour de la fin des années 90 où sa copine A. lui prêta une VHS sur laquelle figurait un petit bijou de court métrage, drôle et gentiment barré : Un bel après-midi d’été, réalisé par Artus de Penguern en 1995 (la qualité de l’image et médiocre et le son n’est pas synchro, malheureusement, du coup les dialogues perdent un peu de leur effet comique) :

« À TENDANCE paranoïaque ! » était devenu alors un cri de ralliement sinon pour toute notre génération, du moins pour A. et moi-même (c’est un début).

La même année, Artus de Penguern réalisait un autre court tout aussi chouette, Le Homard, dont il assurait la voix off :


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S’il a tenu un nombre assez considérable de rôles secondaires au cinéma et à la télévision, c’est peut-être celui d’Hipolito, écrivain blasé et dépressif dans Amélie Poulain, qui l’a fait – un peu – connaître du grand public. Pas tout à fait une vraie « gueule », mais pas loin, avec ses cernes permanents, sa mine tantôt ahurie, tantôt au bout du rouleau, sa mèche rebelle, sa tête de gendre idéal chiffonné, son air tour à tour excédé et désabusé.

Grégoire Moulin contre l’humanité, le premier long métrage qu’il a réalisé (en 2000), est une sorte de film-catastrophe de l’intime, éminemment chou et émouvant. C’était peut-être cela, le talent d’Artus de Penguern : faire sourire sans avoir peur d’émouvoir. Notez que je n’emploie pas la formule « faire passer du rire aux larmes », non pas par peur du cliché (car je ne suis pas du genre à me laisser impressionner par un bon gros vieux poncif), mais parce qu’on pique rarement des fous rires devant ses films et ses courts métrages, de même qu’on est rarement au bord des larmes. Tout est dans la subtilité et dans la pointe d’humour absurde impeccablement dosée qu’il apporte à ses scénarios. Un humour qui est aussi très visuel, comme en témoigne cette exploration de Madame Bovary dans Grégoire Moulin contre l’humanité :


Le clin d’œil à Pierre Etaix est évident et même la parenté physique entre Artus de Penguern et Pierre Etaix est surprenante, maintenant que j’y pense. Je ne dis pas ça pour faire style, mais parce que la découverte toute récente du court métrage Insomnie dudit Pierre Etaix m’a vraiment fait penser à cette scène de Grégoire Moulin, voyez plutôt :

Artus de Penguern citait d’ailleurs volontiers Pierre Etaix parmi ses sources d’inspiration au sujet de La clinique de l’amour ! (voir cet article de L’Express), son second long métrage sorti en 2012.


Celui-ci raconte la saga d’une clinique familiale située outre-Atlantique, à la façon d’une parodie de mauvais soap-opera ; mais il est tourné en français, ce qui en fait un objet cinématographique intéressant aussi du point de vue de son utilisation des langues. J’avais écrit ailleurs un billet à ce sujet, dont je me propose de recycler ici les dernières lignes en toute modestie plutôt que de m’auto-paraphraser :

La clinique de l’amour ! n’est pas le film de l’année, mais il est extrêmement sympathique. Et c’est un peu bizarre de dire ça, mais en fin de compte, ce qui fait sa fragilité, c’est peut-être sa subtilité. Il reste constamment sur un fil très casse-gueule qui sépare difficilement la parodie franche et massive d’un univers poétique et délicat absolument charmant. L’équilibre est parfois périlleux à tenir et je comprendrais qu’on n’accroche pas avec ce mélange de premier et de deuxième degré perplexifiant par endroits. Mais le résultat est finalement assez réussi, de mon point de vue qui a décidé en ce dimanche pluvieux de faire fi de toute objectivité.

Je le recommande, en somme. C’est un film rafraîchissant et profondément original, ce qui ne fait pas de mal dans le cinéma… français, donc. Un cocktail délicat d’élégance, de baffes, de scalpels et d’ours bruns relativement inédit, qui plus est, ce qui ne gâte rien.

Un film peut-être pas tout à fait réussi, pas tout à fait rythmé comme il le devrait, mais tellement attachant qu’on en oublie ses défauts de bonne grâce.

Et puis bien sûr, on pouvait aussi écouter Artus de Penguern : depuis quelques années, il assurait une chronique hebdomadaire dans l’émission de Pascale Clark sur France Inter, « Comme on nous parle ». Intitulée « Ça suffit ! » puis « L’humeur d’Artus », elle était souvent très drôle.

« Halte à la présidentielle ! » (5 octobre 2011)

« Halte au génocide de Noël ! » (22 décembre 2010)

Je ne sais pas vous, mais personnellement, ses fausses indignations qui touchaient au poétique autant qu’au comique me manqueront terriblement.

L’homme qui murmurait à l’oreille des dauphins

Puisque les couvre-chefs cramoisis sont à l’honneur, cette semaine, dans les rangs d’IŒPLP, il nous a semblé opportun de rendre hommage à l’ « homme au bonnet rouge », j’ai nommé : le commandant Cousteau. Car qui n’a pas frémi au moins une fois en voyant les plongeurs de la Calypso côtoyer sous l’eau de redoutables spécimens de Carcharodon carcharias (1) ? À tel point que, bien avant Les Dents de la mer, l’auteur(e) de ces lignes a longtemps éprouvé à la vue de la cuvette des W.-C. un sentiment d’angoisse diffuse, s’attendant à voir surgir à tout moment de l’eau bleuie par les blocs de Harpic une triple rangée de dents acérées – c’est dire toute la force des images coustaldiennes sur une jeune nature impressionnable.

Arpenteur insatiable des fonds marins, Jacques Cousteau est aussi celui qui a fait entrer l’oursin et la baleine à bosse dans les foyers du monde entier. En effet, « le commandant » (comme l’appelaient affectueusement ses proches) ne s’est pas contenté de porter la bonne parole au public de son pays natal, et l’on peut dire que l’accent français a parcouru avec lui autant de lieues que la Calypso. Pour preuve, quelques extraits :

Où l’on voit que J.-Y. Cousteau parlait l’espagnol et l’anglais dans un français parfait, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde.(2) En revanche, il semble que son italien ait été du niveau de celui d’un locuteur natif:

Cependant, derrière Cousteau l’homme-grenouille et l’explorateur intrépide, on oublie trop souvent Cousteau l’inventeur. Cofondateur de La Spirotechnique, société spécialisée dans la conception d’appareils de plongée, il a notamment beaucoup contribué au perfectionnement du scaphandre :

Le premier prototype prévoyait un espace pour le bonnet rouge
 

Le premier prototype prévoyait un espace pour le bonnet 

Enfin, ce portrait serait incomplet si nous n’évoquions pas l’humaniste qui, toute sa vie durant, prôna la communion avec la nature, la tolérance et la fraternité, comme en témoigne cette poignante citation extraite de son livre, Par dix-huit mètres de fond (1942) :

Ce sport, la chasse sous-marine, est magnifique parce qu’il est dur et qu’il se déroule dans un cadre inimaginable. (…) Peu d’adultes, presque pas de vieillards. Pour se nourrir on attaque et on tue, mais de préférence un frère en difficulté. Pas de massacre inutile : la sélection naturelle, simple, émouvante.

Émouvant, en effet.

Il est temps, à présent, d’aborder un sujet difficile. En effet, nous devons à l’objectivité et au sens profond du devoir qui nous anime d’évoquer cette pénible affaire, concernant les propos antisémites qu’aurait tenus dans une lettre, en 1941, le commandant Cousteau. Pour tenter d’expliquer ces mots malheureux (« les ignobles youtres »), indignes d’un véritable humaniste, deux écoles de pensée s’affrontent. La première attribue cette erreur à une coquille: le « y » initial serait en réalité un « l ». Et il est vrai que, à cette époque, le jeune Cousteau n’avait pas encore conçu à l’égard des loutres marines l’amour sincère qu’il devait leur témoigner dans la suite de sa carrière. La deuxième exégèse repose elle aussi sur l’hypothèse d’une coquille mais, cette fois, deux lettres auraient été inversées – le « r » devant être placé avant et non après le « t ». En effet, nul n’ignore les conditions difficiles imposées aux populations durant la guerre, populations qui devaient parfois se résigner à des logements de fortune – selon toute vraisemblance, le commandant Cousteau avait pour sa part écopé d’une yourte, habitation notoire pour son inconfort.

Sur ce, nous vous souhaitons, généreux lecteurs qui êtes vaillamment parvenus au bout de cette chronique, bon vent et de fructueuses navigations. Hisse et ho !

 

(1) Pour nos lecteurs profanes, il s’agit du requin blanc.
(2) Aucun animal n’a été blessé pendant l’écriture de ce billet.

Un permanent nous est né

La rédaction d’Ils œuvrent pour la paix a reçu ce week-end un courrier pléthorique (composé d’environ une lettre et un prospectus de réclame) à la suite de la publication de la photo de son nouveau permanent. Il était temps de fournir quelques explications à notre abondant mais perplexe lectorat.

Le service des ressources humaines d’IOPLP peut en effet s’enorgueillir d’avoir débauché le démissionnaire le plus en vue du moment. Après huit ans de tournée triomphale de par le monde dans une revue musicale plébiscitée par tous (Benoît XVI Superstar), JR choisit de rejoindre courageusement les rangs des modestes ouvriers de la paix que nous sommes.

 

Suggestion de présentation, tenue non contractuelle.

Suggestion de présentation, tenue non contractuelle.

 

« Qui dit pape, dit paix », rappelait récemment Paquito, notre vaticaniste maison. Et comment le contredire ? (Oui, comment ? Adressez par pitié vos suggestions à ilsoeuvrentpourlapaix[a]yahoo.fr, une récompense a été provisionnée). Dès l’expiration du délai de décence prescrit par le supplément mensuel du Who’s Who in the Church?, nous avons sans hésiter proposé à JR de se rallier à notre noble cause. « Son nom s’est imposé comme une évidence », déclarait pas plus tard qu’hier un membre fictif de la rédaction (car personne ne parle réellement comme ça) dont les propos sont à lire dans le prochain Match.

 

C’est par ce geste ô combien symbolique que  JR a su conquérir le cœur des deux tiers félinophiles de la rédaction d’IOPLP.

C’est par ce geste ô combien symbolique que JR a su conquérir le cœur des deux tiers félinophiles de la rédaction d’IOPLP.

Quant à ce détail vestimentaire, il a séduit le dernier tiers chaussurophile de notre groupuscule.

Quant à ce détail vestimentaire, il a séduit le dernier tiers chaussurophile de notre groupuscule.

Souhaitons donc la bienvenue à JR en toute simplicité, en espérant que son retour à la vie civile sera adouci par cette permanence bénévole qui prolonge avec une rare cohérence sa carrière internationale.

L’espiègle JR à la permanence d’IOPLP , et sa devise inébranlable : « Exigence, toujours, deltaplane, jamais. »

L’espiègle JR à la permanence d’IOPLP , et sa devise inébranlable : « Exigence, toujours, deltaplane, jamais. »

Merci JR et vive nous.