Monthly Archives: March 2013

L’homme qui murmurait à l’oreille des dauphins

Puisque les couvre-chefs cramoisis sont à l’honneur, cette semaine, dans les rangs d’IŒPLP, il nous a semblé opportun de rendre hommage à l’ « homme au bonnet rouge », j’ai nommé : le commandant Cousteau. Car qui n’a pas frémi au moins une fois en voyant les plongeurs de la Calypso côtoyer sous l’eau de redoutables spécimens de Carcharodon carcharias (1) ? À tel point que, bien avant Les Dents de la mer, l’auteur(e) de ces lignes a longtemps éprouvé à la vue de la cuvette des W.-C. un sentiment d’angoisse diffuse, s’attendant à voir surgir à tout moment de l’eau bleuie par les blocs de Harpic une triple rangée de dents acérées – c’est dire toute la force des images coustaldiennes sur une jeune nature impressionnable.

Arpenteur insatiable des fonds marins, Jacques Cousteau est aussi celui qui a fait entrer l’oursin et la baleine à bosse dans les foyers du monde entier. En effet, « le commandant » (comme l’appelaient affectueusement ses proches) ne s’est pas contenté de porter la bonne parole au public de son pays natal, et l’on peut dire que l’accent français a parcouru avec lui autant de lieues que la Calypso. Pour preuve, quelques extraits :

Où l’on voit que J.-Y. Cousteau parlait l’espagnol et l’anglais dans un français parfait, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde.(2) En revanche, il semble que son italien ait été du niveau de celui d’un locuteur natif:

Cependant, derrière Cousteau l’homme-grenouille et l’explorateur intrépide, on oublie trop souvent Cousteau l’inventeur. Cofondateur de La Spirotechnique, société spécialisée dans la conception d’appareils de plongée, il a notamment beaucoup contribué au perfectionnement du scaphandre :

Le premier prototype prévoyait un espace pour le bonnet rouge
 

Le premier prototype prévoyait un espace pour le bonnet 

Enfin, ce portrait serait incomplet si nous n’évoquions pas l’humaniste qui, toute sa vie durant, prôna la communion avec la nature, la tolérance et la fraternité, comme en témoigne cette poignante citation extraite de son livre, Par dix-huit mètres de fond (1942) :

Ce sport, la chasse sous-marine, est magnifique parce qu’il est dur et qu’il se déroule dans un cadre inimaginable. (…) Peu d’adultes, presque pas de vieillards. Pour se nourrir on attaque et on tue, mais de préférence un frère en difficulté. Pas de massacre inutile : la sélection naturelle, simple, émouvante.

Émouvant, en effet.

Il est temps, à présent, d’aborder un sujet difficile. En effet, nous devons à l’objectivité et au sens profond du devoir qui nous anime d’évoquer cette pénible affaire, concernant les propos antisémites qu’aurait tenus dans une lettre, en 1941, le commandant Cousteau. Pour tenter d’expliquer ces mots malheureux (« les ignobles youtres »), indignes d’un véritable humaniste, deux écoles de pensée s’affrontent. La première attribue cette erreur à une coquille: le « y » initial serait en réalité un « l ». Et il est vrai que, à cette époque, le jeune Cousteau n’avait pas encore conçu à l’égard des loutres marines l’amour sincère qu’il devait leur témoigner dans la suite de sa carrière. La deuxième exégèse repose elle aussi sur l’hypothèse d’une coquille mais, cette fois, deux lettres auraient été inversées – le « r » devant être placé avant et non après le « t ». En effet, nul n’ignore les conditions difficiles imposées aux populations durant la guerre, populations qui devaient parfois se résigner à des logements de fortune – selon toute vraisemblance, le commandant Cousteau avait pour sa part écopé d’une yourte, habitation notoire pour son inconfort.

Sur ce, nous vous souhaitons, généreux lecteurs qui êtes vaillamment parvenus au bout de cette chronique, bon vent et de fructueuses navigations. Hisse et ho !

 

(1) Pour nos lecteurs profanes, il s’agit du requin blanc.
(2) Aucun animal n’a été blessé pendant l’écriture de ce billet.

Un permanent nous est né

La rédaction d’Ils œuvrent pour la paix a reçu ce week-end un courrier pléthorique (composé d’environ une lettre et un prospectus de réclame) à la suite de la publication de la photo de son nouveau permanent. Il était temps de fournir quelques explications à notre abondant mais perplexe lectorat.

Le service des ressources humaines d’IOPLP peut en effet s’enorgueillir d’avoir débauché le démissionnaire le plus en vue du moment. Après huit ans de tournée triomphale de par le monde dans une revue musicale plébiscitée par tous (Benoît XVI Superstar), JR choisit de rejoindre courageusement les rangs des modestes ouvriers de la paix que nous sommes.

 

Suggestion de présentation, tenue non contractuelle.

Suggestion de présentation, tenue non contractuelle.

 

« Qui dit pape, dit paix », rappelait récemment Paquito, notre vaticaniste maison. Et comment le contredire ? (Oui, comment ? Adressez par pitié vos suggestions à ilsoeuvrentpourlapaix[a]yahoo.fr, une récompense a été provisionnée). Dès l’expiration du délai de décence prescrit par le supplément mensuel du Who’s Who in the Church?, nous avons sans hésiter proposé à JR de se rallier à notre noble cause. « Son nom s’est imposé comme une évidence », déclarait pas plus tard qu’hier un membre fictif de la rédaction (car personne ne parle réellement comme ça) dont les propos sont à lire dans le prochain Match.

 

C’est par ce geste ô combien symbolique que  JR a su conquérir le cœur des deux tiers félinophiles de la rédaction d’IOPLP.

C’est par ce geste ô combien symbolique que JR a su conquérir le cœur des deux tiers félinophiles de la rédaction d’IOPLP.

Quant à ce détail vestimentaire, il a séduit le dernier tiers chaussurophile de notre groupuscule.

Quant à ce détail vestimentaire, il a séduit le dernier tiers chaussurophile de notre groupuscule.

Souhaitons donc la bienvenue à JR en toute simplicité, en espérant que son retour à la vie civile sera adouci par cette permanence bénévole qui prolonge avec une rare cohérence sa carrière internationale.

L’espiègle JR à la permanence d’IOPLP , et sa devise inébranlable : « Exigence, toujours, deltaplane, jamais. »

L’espiègle JR à la permanence d’IOPLP , et sa devise inébranlable : « Exigence, toujours, deltaplane, jamais. »

Merci JR et vive nous.

Trente-cinq ans déjà

Il y a trente-cinq ans jour pour jour, Claude François s’éteignait dans sa baignoire, comme Jean-Paul Marat, et ce n’était plus le téléphone*, mais bien la France, qui pleurait, tout à la fois hébétée de chagrin et douloureusement consciente de l’incommensurable atteinte portée à son patrimoine musical et chorégraphique. De son côté, EDF déplorait la disparition d’un compteur bleu trop tôt arraché à son affection.

On sait les bouleversements sociétaux et techniques qu’ont engendrés les circonstances dans lesquelles Claude François a trouvé la mort : citons la création de la secte des À-la-Masse, dont la principale revendication était le transfert des cendres du chanteur au PanNéon, le schisme entre ampoules à culot à vis et ampoules à culot à baïonnette, ou encore, l’invention de la baignoire sans eau, qui valut à Clovis Garmuchet le grand prix (avec palmes) du concours Lépine en 1980.

Si le chanteur reste présent dans la mémoire des Français, si ses chansons demeurent sur toutes les lèvres (hélas, soupireront les mauvaises langues), ce n’est pas un hasard : les héritiers de Claude doivent une fière chandelle à une association, Ranimons l’ampoule du souvenir, composée de quelques-unes des Claudettes, ces danseuses mythiques qui ont accompagné le plus beau brushing de la scène lyrique française pendant une bonne partie de sa carrière.

Inconsolables autant qu’infatigables, les « petites fiancées de Cloclo » avaient décidé, dès l’annonce du drame, de perpétuer le souvenir de leur idole et employeur à travers la France, en commençant par la Bretagne : Claude François, natif d’Alexandrie-Alexandrahaa, vouait une affection particulière à cette région (surnommée, comme on le sait, « l’Égypte de l’Ouest ») et y avait recruté la plupart des Claudettes. Depuis plus de trente ans, ces sympathiques et talentueuses jusqu’au-boutistes enchaînent ainsi tournée sur tournée d’un spectacle mêlant danses folkloriques et chanson populaire et adaptant les grands tubes de Claude dans tous les registres de la musique de terroir.

1

« Si j’avais un biniou »
Solange, Maddly, Marion, Hussawa, Jenny et Pierrette attendent impatiemment le « bagad » pour se lancer dans un « fest-noz » endiablé

2

« Belles, belles, belles »
L’âge est là, mais la coquetterie garde ses droits : un dernier coup de peigne avant de monter en scène, l’occasion de réviser les chorés.
De gauche à droite : Siska, Monecia, Lydia, Dany, Carole et Mme Victorine Loïc, concierge à Plougastel-Daoulas, qui voulait être sur la photo

Quelques dates :
11 mars : Bagnolet (MJC)
13 mars : Bulat-Pestivien (maison de retraite « Le 3e Âge triomphant »)
14 mars : Achiet-le-Petit (cinéma Rex)
15 mars : Baslieux-lès-Fismes (Chez Jeannette et Robert, entrée par l’arrière-cour)
16 mars : Mallemort (salle des fêtes de la mairie)
17 mars : Grosseto-Prugna (restaurant Au Joyeux Bourreur d’urnes – Chez Jean & Xavière)

–––––––––––––––––––––

* Certains, dont l’éminent claudofrancologue Marc-Antoine Petit-Mougeois, voient dans Le téléphone pleure (1974) un signe du destin et fondent leur théorie sur un passage troublant, il est vrai, de la chanson : « Je crois qu’elle est dans son bain ».