Trente-cinq ans déjà

Il y a trente-cinq ans jour pour jour, Claude François s’éteignait dans sa baignoire, comme Jean-Paul Marat, et ce n’était plus le téléphone*, mais bien la France, qui pleurait, tout à la fois hébétée de chagrin et douloureusement consciente de l’incommensurable atteinte portée à son patrimoine musical et chorégraphique. De son côté, EDF déplorait la disparition d’un compteur bleu trop tôt arraché à son affection.

On sait les bouleversements sociétaux et techniques qu’ont engendrés les circonstances dans lesquelles Claude François a trouvé la mort : citons la création de la secte des À-la-Masse, dont la principale revendication était le transfert des cendres du chanteur au PanNéon, le schisme entre ampoules à culot à vis et ampoules à culot à baïonnette, ou encore, l’invention de la baignoire sans eau, qui valut à Clovis Garmuchet le grand prix (avec palmes) du concours Lépine en 1980.

Si le chanteur reste présent dans la mémoire des Français, si ses chansons demeurent sur toutes les lèvres (hélas, soupireront les mauvaises langues), ce n’est pas un hasard : les héritiers de Claude doivent une fière chandelle à une association, Ranimons l’ampoule du souvenir, composée de quelques-unes des Claudettes, ces danseuses mythiques qui ont accompagné le plus beau brushing de la scène lyrique française pendant une bonne partie de sa carrière.

Inconsolables autant qu’infatigables, les « petites fiancées de Cloclo » avaient décidé, dès l’annonce du drame, de perpétuer le souvenir de leur idole et employeur à travers la France, en commençant par la Bretagne : Claude François, natif d’Alexandrie-Alexandrahaa, vouait une affection particulière à cette région (surnommée, comme on le sait, « l’Égypte de l’Ouest ») et y avait recruté la plupart des Claudettes. Depuis plus de trente ans, ces sympathiques et talentueuses jusqu’au-boutistes enchaînent ainsi tournée sur tournée d’un spectacle mêlant danses folkloriques et chanson populaire et adaptant les grands tubes de Claude dans tous les registres de la musique de terroir.

1

« Si j’avais un biniou »
Solange, Maddly, Marion, Hussawa, Jenny et Pierrette attendent impatiemment le « bagad » pour se lancer dans un « fest-noz » endiablé

2

« Belles, belles, belles »
L’âge est là, mais la coquetterie garde ses droits : un dernier coup de peigne avant de monter en scène, l’occasion de réviser les chorés.
De gauche à droite : Siska, Monecia, Lydia, Dany, Carole et Mme Victorine Loïc, concierge à Plougastel-Daoulas, qui voulait être sur la photo

Quelques dates :
11 mars : Bagnolet (MJC)
13 mars : Bulat-Pestivien (maison de retraite « Le 3e Âge triomphant »)
14 mars : Achiet-le-Petit (cinéma Rex)
15 mars : Baslieux-lès-Fismes (Chez Jeannette et Robert, entrée par l’arrière-cour)
16 mars : Mallemort (salle des fêtes de la mairie)
17 mars : Grosseto-Prugna (restaurant Au Joyeux Bourreur d’urnes – Chez Jean & Xavière)

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* Certains, dont l’éminent claudofrancologue Marc-Antoine Petit-Mougeois, voient dans Le téléphone pleure (1974) un signe du destin et fondent leur théorie sur un passage troublant, il est vrai, de la chanson : « Je crois qu’elle est dans son bain ».

6 thoughts on “Trente-cinq ans déjà

  1. Raymonde Quenelle

    Merci, merci, IOPLP, pour ce bel hommage, j’en suis encore toute chamboulée. Et bravo à Ranimons l’ampoule du souvenir – profitez-en avant la loi bonus-malus…
    Raymonde

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    1. ilsoeuvrent Post author

      Merci, Raymonde, votre petit message nous va droit au cœur.
      Pardonnez-nous, mais votre nom ne nous est pas étranger : n’avez-vous pas tenu le buffet de la gare Saint-Charles, à Marseille, vers le milieu des années soixante ? Ne seriez-vous pas cette grande jeune fille toute simple, connue de tous les habitués de la ligne Marseille-Miramas par Port de Bouc, qui fredonnait «Si j’avais un marteau», malicieusement transformé par vos soins en «Si j’avais un brochet» ?

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      1. Raymonde Quenelle

        IOPLP, votre mémoire est aussi éblouissante que votre brushing (je pensais bien avoir détecté une pointe d’accent marseillais dans votre billet… Ne me dites pas que c’est M. Bodart?). Mais il y a bien longtemps que j’ai quitté le buffet de la gare: tous les jours aux fourneaux, aucun lundi au soleil… Je ne supportais plus le train-train. Avec mon mari, nous avons ouvert une friterie à Vesoul, «L’Encornet de frites». Si vous passez par là, venez nous voir, ça nous ferait plaisir.
        Raymonde

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        1. ilsoeuvrent Post author

          Chère Raymonde, c’était donc vous !? Eh oui, c’est M. Badart, avec un a ! (Mes amis d’IŒPLP me pardonneront cette sortie de l’anonymat.) L’Internet, c’est formidable, dites donc, on retrouve des gens perdus de vue pendant des années et des années. Surtout que vous étiez partie sans crier gare pour suivre votre voie.
          Je parie que vous vous êtes mariée avec le petit Antonin Caracous. Allez, on le voyait bien, vé, comment que vous lui serviez double portion, à ce morfale…
          Je ne manquerai pas de vous rendre visite lors de mon prochain séjour dans la Haute-Saône ; j’amènerai mes amis Œuvreurs pour la paix. Deux questions : avez-vous de la sauce kamikaze ? Et aussi, faites-vous des prix pour les groupes ?
          À bientôt, Raymonde.

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  2. lucrèce

    C’est émouvant. Ce bloc-note électronique n’a que quelques jours d’existence et déjà, des retrouvailles, des effusions, des morfales, des calembours affligeants, de la sauce kamikaze et des frites. Quelle belle réussite, quelle oeuvre, quelle paix ! Continuez, camarades, continu… Ah, j’entends retentir La Marseillaise, je me tais.

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    1. ilsoeuvrent Post author

      Bonjour, Lucrèce, et bienvenue chez nous. Vos félicitations nous touchent beaucoup.
      Tout apport constructif au débat (pour mémoire : La paix et la sauce kamikaze ont-elles un avenir à l’heure de la délocalisation des friteries?) est le bienvenu.
      Nous comptons ouvrir ici prochainement une page où nos lecteurs pourront punaiser petites annonces et messages personnels propres à faciliter de belles retrouvailles émouvantes comme celles de Raymonde et de notre collaborateur, M. Badart. N’hésitez pas à vous y afficher : peut-être trouverez-vous chaussure à votre pied.
      Cordialement
      Patapouf, d’IŒPLP

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